Psychotropicon
Quelqu'un dose quelque chose, autour de sacha baron cohen, près d'une table en bois.

Sacha Baron Cohen fait revivre Ali G lors d’une apparition surprise à Wimbledon

Le temps d'une finale de tennis, un personnage que beaucoup croyaient rangé au placard est réapparu en tribunes, lunettes jaunes sur le nez et survêtement blanc réglementaire. Ali G, créature de Sacha Baron Cohen née dans les studios de télévision britanniques de la fin des années 1990, a servi de bande-annonce vivante à un projet de film. L'épisode dit quelque chose de la façon dont l'humour britannique a longtemps mis en scène la culture du cannabis — et de ce qui a changé depuis.

Une apparition calibrée pour le All England Club

Wimbledon impose à ses joueurs une tenue essentiellement blanche, règle héritée du XIXe siècle et appliquée avec une rigueur qui fait partie du folklore du tournoi. Le public, lui, n'est pas soumis à la même contrainte, mais la loge et les tribunes du Centre Court obéissent à un code social implicite : blazers, cravates, robes d'été. C'est précisément ce contraste qui rend l'apparition efficace. Un survêtement blanc intégral, des chaînes en or, les lunettes teintées surdimensionnées et le bonnet ajusté : le personnage respecte la lettre du dress code tout en en violant l'esprit, ce qui a toujours été son mode opératoire.

Le procédé n'a rien d'improvisé. Faire irruption dans un événement retransmis dans des dizaines de pays, filmé sous tous les angles, avec des caméras qui balaient régulièrement les tribunes, revient à s'offrir une exposition qu'aucun budget promotionnel classique n'achète aussi vite. Les images ont circulé en quelques minutes, reprises par les comptes du tournoi, par les chaînes sportives puis par la presse généraliste. La promotion d'un long métrage centré sur le personnage n'a même pas eu besoin d'être formulée : l'apparition en tenait lieu.

Des mains dosent quelque chose, autour de sacha baron cohen, près d'une table en bois.

Ali G, caricature d'une sous-culture cannabique de banlieue

Pour comprendre pourquoi ce retour intéresse au-delà des pages people, il faut revenir à ce qu'était le personnage. Ali G apparaît sur les écrans britanniques à la fin des années 1990, d'abord dans une émission satirique, puis dans son propre programme. Il incarne un jeune homme de Staines, dans la banlieue ouest de Londres, persuadé d'appartenir à une culture urbaine jamaïcano-américaine, s'exprimant dans un argot bricolé et interviewant des personnalités publiques qui, souvent, ignoraient à qui elles avaient affaire. Le ressort comique reposait sur l'écart entre le sérieux de l'interlocuteur — universitaires, responsables politiques, dirigeants d'institutions — et l'absurdité des questions posées.

Le cannabis occupait une place centrale dans ce dispositif. Le personnage y revenait sans cesse, ramenait chaque sujet à la question de la légalisation, et employait un vocabulaire emprunté au milieu. La satire visait moins la plante que le personnage lui-même : un adolescent attardé qui s'imagine rebelle, dont la culture politique tient en un slogan. actualites Deux décennies plus tard, le débat public sur le statut légal du cannabis s'est déplacé sur un terrain autrement plus technique — encadrement des taux de THC, filières de chanvre industriel, prescriptions médicales — et suivre ces évolutions demande aujourd'hui un tout autre niveau de détail que celui des blagues de la fin des années 1990.

Ce décalage explique une partie de la curiosité entourant le come-back. Le stéréotype du consommateur hébété, longtemps décliné dans la comédie anglo-saxonne, coexiste désormais avec des marchés régulés, des patients sous ordonnance et des dizaines de législations nationales révisées. Un personnage construit sur ce stéréotype se retrouve mécaniquement en porte-à-faux avec son époque.

Un humour de 1999 face aux sensibilités de 2020

Sacha Baron Cohen avait lui-même mis Ali G de côté après le film sorti en 2002, expliquant à plusieurs reprises que la notoriété du personnage rendait impossible le ressort qui le faisait fonctionner : personne ne se laissait plus piéger. Il s'était tourné vers d'autres créations, Borat puis Brüno, en appliquant la même mécanique du faux entretien.

Le retour d'Ali G soulève une question que la production ne pourra pas contourner : le personnage repose sur l'appropriation caricaturale de codes culturels noirs et sud-asiatiques par un jeune homme blanc de banlieue. Ce qui passait pour une satire de l'imposture culturelle en 1999 est aujourd'hui lu différemment par une partie du public. Baron Cohen a déjà été interrogé sur ce point et a défendu l'idée que la cible était le personnage, pas les communautés dont il singe les codes. Le débat, lui, reste ouvert.

Ce que révèle le choix du terrain de tennis

Le choix de Wimbledon n'est pas anodin pour un personnage originaire de Staines : quelques kilomètres séparent la banlieue fictive du club le plus codifié du sport britannique. La finale du simple messieurs constitue le point culminant du calendrier sportif de l'été anglais, avec une audience qui déborde largement le public du tennis. Placer une figure de la contre-culture de banlieue dans les tribunes revient à rejouer, en une image fixe, tout le programme comique du personnage.

le site Ce type de séquence, à la frontière du divertissement, de la culture populaire et des représentations du cannabis, occupe une place régulière dans les sujets que suit psychotropicon.info, aux côtés des évolutions réglementaires et des travaux scientifiques. Les fictions et les personnages publics façonnent l'imaginaire collectif d'une substance au moins autant que les textes de loi, et méritent d'être examinés avec la même attention.

Reste à voir ce que donnera le film annoncé. Un personnage figé dans l'esthétique de 1999, confronté à un monde où la question du cannabis se discute en commissions parlementaires et en essais cliniques, dispose au fond d'un matériau comique inédit : celui du décalage entre ce qu'il croyait provoquer et ce qui s'est effectivement produit.